Les « interdits mentaux », ce sont ces lignes invisibles que tu traces dans ta tête sans toujours savoir quand ni pourquoi tu les as dessinées. Ce sont des « je n’ai pas le droit de penser ça », « je ne dois pas ressentir ça », qui filtrent ta vie intérieure avant même qu’un mot n’atteigne le monde extérieur.
Ce que tu t’interdis de penser
Souvent, les interdits mentaux portent sur trois terrains sensibles :
- Ce que tu désires vraiment (envies, pulsions, rêves jugés « irréalistes » ou « égoïstes »).
- Ce que tu refuses de voir de toi-même (jalousie, colère, petitesse, besoin de reconnaissance).
- Ce que tu ressens envers les autres (ressentiment envers un parent, fatigue d’un enfant, déception dans un couple).
Tu ne cesses pas d’y penser parce que c’est interdit, tu apprends juste à les camoufler : tu les recouvres de rationalisations, d’humour, de morale ou de silence intérieur.
Le visage qu’ils prennent dans le quotidien
Les interdits mentaux ne se présentent pas comme des lois écrites, mais comme des évidences intérieures :
- « Ce n’est pas si grave, il y a pire », quand une partie de toi hurle déjà.
- « Je dois être fort », alors que ton corps manifeste l’inverse.
- « Je n’ai pas le droit de leur en vouloir », alors que ta poitrine se contracte à chaque souvenir.
À force, l’âme se contorsionne pour rester « acceptable » dans ton propre regard. Tu vis, mais en te surveillant. Tu penses, mais en te censurant.
D’où viennent ces interdits
Ils sont rarement nés de toi seul. Ils viennent souvent :
- Des phrases entendues enfant (« On ne parle pas de ça », « Arrête de te plaindre », « Tu exagères », « Sois sage »).
- Des loyautés invisibles à ta famille (« Chez nous, on encaisse », « On ne pleure pas », « On ne dérange pas »).
- De cultures ou de milieux où certaines émotions sont assimilées à de la faiblesse, de l’ingratitude ou de la trahison.
Petit à petit, tu as appris qu’il valait mieux te couper de certaines pensées que risquer de perdre l’amour, la sécurité ou l’appartenance.
Quand les interdits fissurent de l’intérieur
Le paradoxe, c’est que ce que tu interdis à ta conscience ne disparaît pas. Cela se déplace :
- En anxiété diffuse, sans cause claire.
- En fatigue morale, ce sentiment de porter quelque chose de lourd mais intangible.
- En irritabilité, cynisme, dérision permanente ou froideur affective.
Plus les interdits mentaux sont puissants, plus tu t’éloignes de ta propre vérité. Tu peux réussir ta vie « sur le papier » et te sentir pourtant étrangement absent à toi-même, pouvant même parfois aller jusqu’à une coupure complète avec soi, une « anesthésie » de ton « être » véritable.
Desserrer l’étau, en douceur
Lever ces interdits ne consiste pas à tout dire à tout le monde, mais à commencer par tout pouvoir se dire à soi-même. Quelques pistes :
- Noter, sans filtre, ce qui te traverse, même si c’est « honteux », « injuste », « immature ». Tu n’es pas obligé d’y croire, juste de le laisser exister.
- Remarquer les phrases automatiques qui censurent (« Ce n’est rien », « Je dramatise ») et, au lieu de les suivre, demander : « Et si ce n’était pas exagéré ? Que se passerait-il si j’écoutais vraiment ce que je ressens ? »
- Te rappeler qu’une pensée n’est pas un acte, et qu’un ressenti n’est pas un verdict moral. Ce sont des signaux, pas des juges.
Peu à peu, tu peux transformer tes interdits mentaux en frontières plus souples : non plus des murs qui t’enferment, mais des portes que tu as le droit d’ouvrir de l’intérieur, quand tu te sens prêt.
Où chercher mes interdits ?
Dans les petits moments de malaise (mal à l’aise) du quotidien, dans tes réponses automatiques, dans les rejets sans raison objective, dans les ‘oublis’ répétés, dans les « je n’ai pas le droit de… » ou « il faut absolument que… », dans les actes manqués … tout ce qui empêche l’expression fluide, l’acquisition de nouveau savoirs, la capacité à tisser de nouveaux liens, l’ouverture à la nouveauté, au plaisir …
- Interdits liés à la parole et à l’expression : Peur de mal s’exprimer, de ne pas être compris, auto-censure, difficulté à dire ce que l’on pense, sentiment d’illégitimité à partager ses idées.
- Interdits liés à l’apprentissage et à la connaissance : Croyance limitante du type « Je ne suis pas assez intelligent » ou « Je ne retiens rien », blocage face aux études ou au fait de devoir apprendre de nouvelles choses, peur de la nouveauté ou du changement dans la manière de penser.
- Interdits liés aux relations proches : Difficulté à tisser des liens avec l’entourage immédiat (amis, collègues, frères et sœurs), Impression de ne pas trouver sa place dans un groupe ou un cercle social, Blocage dans la spontanéité et la légèreté des échanges.
- Interdits liés aux déplacements et à la mobilité : Peur du mouvement, de l’inconnu ou des changements trop fréquents, répétition de schémas qui empêchent d’explorer de nouvelles voies, sentiment d’être figé ou contraint dans un cadre trop rigide.
Exemples d’interdits mentaux fréquents
Voici quelques exemples d’interdits mentaux fréquents, avec ce qui les alimente souvent en coulisses. Les formulations sont volontairement crues, parce que dans ta tête, elles ne prennent pas de gants.
« Je n’ai pas le droit d’être en colère »
- Variante intérieure : « Si je me mets en colère, je vais blesser / perdre l’autre », « la colère, c’est pour les gens violents ».
- Origines possibles :
- Enfance où la colère des adultes faisait peur, donc association : colère = danger.
- Familles où on valorise le contrôle, la politesse, la performance, et on sanctionne toute émotion “trop” visible.
- Résultat : tu retournes la colère contre toi (culpabilité, auto-critique) au lieu de t’en servir comme signal qu’une limite est franchie.
« Je n’ai pas le droit d’échouer »
- Variante intérieure : « Si j’échoue, je ne vaux rien », « je dois être irréprochable ».
- Origines possibles :
- Amour conditionnel : valorisé uniquement quand tu réussissais (notes, performances, comportements).
- Comparaisons constantes aux autres, félicitations centrées sur le résultat et pas sur l’effort.
- Résultat : tu t’interdis d’essayer vraiment, tu procrastines, tu joues petit pour ne jamais risquer le crash frontal avec l’échec.
« Je n’ai pas le droit de prendre de place »
- Variante intérieure : « Je dérange », « je suis de trop », « il ne faut pas faire de vagues ».
- Origines possibles :
- Messages explicites ou implicites : “tais-toi”, “sois discret”, “ne fais pas d’histoires”.
- Rôles familiaux où tu devais te faire petit pour ne pas rajouter de charge à des parents débordés ou fragiles.
- Résultat : tu minimises tes besoins, tu dis « ce n’est pas grave » alors que ça l’est, tu t’effaces dans les relations puis tu te sens invisible.
« Je n’ai pas le droit de vouloir plus »
- Variante intérieure : « C’est déjà bien », « je devrais être reconnaissant », « vouloir plus, c’est être ingrat ou prétentieux ».
- Origines possibles :
- Milieux où la survie ou la sécurité matérielle passaient avant tout, donc le désir est vécu comme un luxe.
- Croyances religieuses ou morales qui valorisent le sacrifice, la modestie, la discrétion des besoins personnels.
- Résultat : tu restes dans des situations tièdes (travail, couple, mode de vie), en te convainquant que réclamer mieux serait excessif.
« Je n’ai pas le droit d’être fragile »
- Variante intérieure : « Je dois gérer », « je n’ai pas le droit de craquer », « les autres ont pire ».
- Origines possibles :
- Enfance où personne n’était disponible pour accueillir ta vulnérabilité, donc obligation de “tenir”.
- Rôle de “pilier” dans la famille, celui ou celle qui rassure, qui prend sur soi, qui ne pleure pas.
- Résultat : tu nies ton épuisement, tu ne demandes pas d’aide, tu t’effondres tard, trop tard, souvent seul.
« Je n’ai pas le droit d’être différent »
- Variante intérieure : « Il faut rentrer dans le moule », « si je montre qui je suis, je serai rejeté ».
- Origines possibles :
- Moqueries, harcèlement, rejet social à l’école ou dans la fratrie.
- Normes culturelles, familiales ou religieuses très rigides sur ce qu’est une “bonne” femme / un “bon” homme / une “bonne” personne.
- Résultat : tu t’auto-censures dans tes goûts, ton style, tes opinions, ta sexualité, jusqu’à ne plus trop savoir ce qui est vraiment toi.
« Je n’ai pas le droit d’être en désaccord »
- Variante intérieure : « Si je dis ce que je pense, ça va exploser », « l’harmonie est plus importante que la vérité ».
- Origines possibles :
- Familles où le conflit finit mal (cris, silence, rupture), donc tu conclus que l’opposition est dangereuse.
- Expériences où ton avis a été ridiculisé, disqualifié, ignoré.
- Résultat : tu deviens accommodant à l’excès, tu dis oui alors que tout ton corps dit non, tu t’en veux ensuite d’être “mou”.
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